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Parler de toi…

Je ne sais pas très bien comment leur parler de toi…

Comment répondre à la question : « Comment elle était mamie Dany ? »

Souvent, j’explique que quand tu étais jeune, tu étais une femme belle et forte, une de celles à qui on ne la fait pas, qui sait où elle va et personne ne l’aurait fait dévier de son chemin. Une de celles qui se fichent du regard des autres et qui avancent… 

Dans ma tête de petite fille, il y a plusieurs mamans, la maman maternelle, avec ce ventre mou sur lequel je me suis souvent blottie, celle qui me grattait les cheveux pour que je m’endorme, qui me chantait des chansons, me murmurait je t’aime.

Et puis, il y a la maman qui me faisait peur, qui criait fort, qui me disait de baisser mon pyjama avant de me mettre une fessée, qui me punissait et me racontait des choses terribles. Cette maman que j’avais peur de voir partir à l’autre bout de la France ou au ciel…

Alors dès que l’ambiance devenait mauvaise et que déjà je la sentais nous quitter je filais en douce me cacher dans la voiture pour être sûre qu’elle me prenne avec elle cette fois-ci… J’ai vécu dans la peur de l’abandon et cette peur est restée ancrée tellement fort que 30 ans après elle est toujours présente… J’ai peur des cris, de la violence, à un point où je pars en crises de tétanie si à la télé il y a une scène de violence même fictive… 

Dans ma tête d’adolescente, c’est une maman absente, une maman plus femme que mère, une maman qui a déserté son rôle, qui a continué de noyer ses chagrins dans l’alcool. Faut dire que des chagrins elle en avait beaucoup, peut-être autant que moi mais les miens semblaient être moins importants…

Un jour, la colère a envahi mon coeur et a pris la place sur l’amour. Un jour, j’ai compris qu’elle ne m’aimerait jamais autant que ce dont j’avais besoin alors je suis partie… Pleine de colère, de rancoeur et surtout de peine… Et puis je suis devenue moi même maman, j’ai touché du doigt la difficulté, j’ai sombré dans le mal-être mais heureusement j’avais du monde autour de moi pour me relever…

Puis elle a été cet être fragile au fond d’un lit d’hôpital, cette petite mamie qui n’avait plus rien de la femme forte ni de la maman moelleuse… Cette maman qui ne savait même plus qui j’étais, bien trop frêle pour me faire peur, mais bien assez pour me faire fondre en larmes de tristesse et de culpabilité…

Dans ma tête de jeune maman, il y a cette femme qui a enfin trouvé le repos, qui semblait apaisée, enfin en paix, c’est la dernière image que j’ai gardée…

Dans ma tête de maman, déjà trois fois maman, il y a tout ce que j’ai enfin compris, ce qui a cheminé en moi. La tristesse dans ton regard, la fragilité derrière ta force, le passé qui t’a détruite, la bienveillance dont tu as tant manqué et que par conséquent tu n’as pas su donner… Tes combats intérieurs et cette image parfaite qu’il fallait donner aux autres…

Dans mon coeur, j’ai fait le tri, et si il reste les questions sans réponse, l’amour seulement est resté… Je t’aime. Je dirais ça, à tes petits enfants… Tu n’étais pas la meilleure des mamans, tu as fait ce que tu as pu, ça aurait pu être mieux, mais ça leur a donné la maman qu’ils ont aujourd’hui alors c’est ça qui doit primer sur le reste.

 

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